Campagnes solidaires est le mensuel de la Confédération paysanne, engagé avec les paysans et les acteurs du mouvement social dans l'émergence d'autres mondes possibles.
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Editorial« La voie paysanne est porteuse d’espoir »
Du 10 au 17 avril, la Commission de coordination internationale (CCI) de la Via Campesina s'est réunie à Bagnolet. Ces réunions ont lieu deux fois par an et permettent de décider collectivement des stratégies du mouvement entre deux conférences internationales. Ainsi, des paysans et paysannes du Sri Lanka, du Zimbabwe, d'Haïti, du Brésil, d'Indonésie, etc. ont passé une semaine dans les locaux de la Confédération paysanne à Bagnolet. Nous avons constaté avec amertume la difficulté grandissante d'obtenir des visas, en particulier pour les délégué.es africain.es : la politique migratoire de l'État français affecte aussi notre capacité à nous rencontrer et à construire le mouvement paysan international.
Deux thèmes principaux étaient à l'agenda : le contexte de guerre et de militarisation d'un côté, notre stratégie d'alliances de l'autre. Nous avons longuement échangé sur les impacts des attaques impérialistes, en particulier de la guerre en Iran, sur les paysan.nes dans les différents continents (1).
Nous constatons que nous vivons un moment historique de crise géopolitique particulièrement aiguë, avec la multiplication des guerres et des risques associés très élevés. La hausse de la faim dans le monde ces dernières années a lieu principalement dans les pays en guerre, en particulier à Gaza, au Soudan et en République démocratique du Congo. Dans les conflits, la faim est très souvent utilisée comme arme de guerre. Les conflits actuels sont étroitement liés aux limites écologiques : il s'agit pour des États puissants d'aller accaparer les ressources qui se raréfient (terre, eau, pétrole, minerais, etc.) en occupant le territoire d'autres pays ou en les forçant à vendre ces ressources à des tarifs privilégiés. Mais les paysan.nes résistent face à la guerre, à l'occupation et à la répression en continuant à produire l'alimentation et à prendre soin de leur territoire. Nous nous organisons aussi en lien avec d'autres parties de la population.
Cette stratégie d'alliance a été au cœur de nos discussions. Depuis trente ans, le Comité international de planification pour la souveraineté alimentaire (CIP) a été l'espace privilégié de convergence des organisations de petit.es producteur.ices, des syndicats de travailleurs ruraux et des peuples autochtones. Avec le dernier forum de Nyéléni, nous avons décidé d'élargir ces alliances pour inclure d'autres segments des mouvements populaires, notamment les organisations pour la santé populaire, les organisations environnementales et les mouvements féministes. Il s'agit de construire collectivement un « changement systémique », de façon à sortir des systèmes de domination du capitalisme, du patriarcat et de l'impérialisme. En avril, nous avons aussi discuté de comment renforcer le lien avec les syndicats de salarié.es. Deux axes essentiels ressortent de ces discussions avec nos allié.es : la nécessité de s'organiser pour reprendre le contrôle collectif sur nos territoires – il s'agit de tout le travail pour la réforme agraire - et la nécessité d'imposer un nouveau cadre international de commerce basé sur la souveraineté alimentaire, de façon à sortir de la règle de la compétition mondiale de tous contre tous.
En France aussi nous pouvons rassembler autour de ces deux axes : les 16 et 17 avril, nous avons échangé avec des allié.es, syndicalistes, étudiant.es, militant.es de l'environnement. La voie paysanne est porteuse d'espoir bien au-delà de celles et ceux qui ont fait de l'agriculture leur métier !
Morgan Ody, coordinatrice générale de La Via Campesina
(1) La Via Campesina a publié un document d'analyse urlr.me/p8PJrQ
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